Retour sur l’émission « Avec philosophie », France Culture – animée par Géraldine Muhlmann
L’enfance joue-t-elle un rôle déterminant dans la construction de notre identité et dans le développement de notre liberté d’agir ? Cette question a été au cœur de l’émission Avec philosophie du 3 mars 2026, diffusée sur France Culture et animée par Géraldine Muhlmann, avec les invités Gérard Haddad, psychiatre et psychanalyste, François de Singly, sociologue spécialiste de la famille et de l’adolescence, et Daniel Marcelli, pédopsychiatre.
L’influence précoce de l’environnement sur l’enfant
L’émission s’est ouverte sur un micro‑trottoir de 1976, révélant que les enfants exprimaient déjà des aspirations conformes aux stéréotypes de genre : les filles rêvaient de métiers dits « féminins » comme couturière ou puéricultrice, tandis que les garçons se projetaient dans des métiers autoritaires, comme policier.
Ces petits entretiens illustraient déjà l’imprégnation rapide de l’enfant par la société, un phénomène central en psychopédagogie : comprendre comment l’environnement influence les comportements, les valeurs et les projets des enfants est essentiel pour accompagner leur développement.
L’enfant : réceptif mais acteur de sa vie
Les intervenants ont insisté sur le fait que l’enfant n’est jamais un simple récepteur passif. La figure maternelle et l’entourage influencent certes ses valeurs et comportements, mais chaque enfant développe une personnalité unique. Deux enfants élevés dans le même cadre peuvent évoluer très différemment, ce qui souligne l’importance de considérer l’individu dans sa singularité.
Aujourd’hui, les enfants disposent également d’une liberté de choix accrue, même sur des aspects quotidiens comme les vêtements ou l’alimentation. Cette liberté doit être accompagnée d’un cadre structurant, afin de permettre à l’enfant de développer autonomie et sens des responsabilités.
Liberté et cadre : un équilibre fondamental
Selon Daniel Marcelli, trop de liberté sans cadre peut générer de l’angoisse et empêcher l’enfant de se préparer à affronter les contraintes de l’adolescence et de la vie adulte. Le cadre n’est pas une contrainte oppressive : il constitue une structure nécessaire pour apprendre à négocier limites et autonomie.
Ainsi, choisir s’apprend. Une autonomie non guidée peut exposer l’enfant à la tyrannie de ses désirs, alors qu’une liberté encadrée favorise un développement harmonieux et la construction de l’identité.
Psychanalyse et récit de soi : comprendre le présent
Pour Gérard Haddad, la psychanalyse, qui n’est pas un retour nostalgique sur l’enfance : elle aide à comprendre le présent et à construire son identité, doit placer les préoccupations de Ricoeur : l’important n’est pas l’enfance en elle-même, mais le « je » qui raconte son histoire et en reconfigure le sens. L’adolescence apparaît comme une seconde chance, permettant à l’individu de réinterpréter son vécu et d’affirmer sa liberté.
Métaphore de l’immeuble : les fondations et la vie
Enfin, Daniel Marcelli propose une image claire pour visualiser le rôle de l’enfance dans le développement : l’existence humaine comme un immeuble : l’enfance constitue les fondations. Ces fondations sont essentielles pour résister aux « tremblements de terre » de la vie, mais les couleurs, les balcons et les façades de l’édifice se construisent avec nos expériences et nos choix.
En psychopédagogie, cette métaphore est essentielle. Elle rappelle que l’accompagnement de l’enfant doit à la fois sécuriser ses bases et lui permettre d’explorer, de choisir et de construire son identité.
